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Deux très jeunes filles, deux sœurs, partent en vacances dans les îles grecques. Elles se retrouvent à Karp, une île inaccessible par  avion,  proche de la Turquie et relativement préservée du tourisme. Un lieu très traditionnel surtout, vidé de ses hommes par  l’immigration aux  Etats-Unis, et tenu par des femmes dures à la tâche, à la limite de la violence, de l’acharnement dans la survie.

   Au fond, il ne se passe rien, l’été, dans cette île nue et austère, au milieu des années 70. Des vacances agréables, un temps  rêveur et contemplatif pour l’une des jeunes filles, fait de courses et d’exercices physiques pour l’autre.

   Mais  bientôt, insensiblement, tout se dérègle. Le texte relate ce dérèglement. L’adolescente androgyne, travaillant sa musculature, s’effondre. Sa sœur, Judith, si proche, trop proche, qui passe des heures à  écrire,  à exercer son regard,  n’a rien vu venir. Elle n’a pas vu l’amaigrissement, jamais réalisé le danger.

   Sans ce point aveugle à chacun des protagonistes, sans ce non dit, cette folie sous-jacente et contenue,  le récit n’existerait pas.

   S’il tient, c’est par  ce qu’il  suggère, l’absence d’explication finale, un reste d’obscurité qui obsède encore Judith, des années après.

   Judith reviendra mentalement à Karp. Elle tentera de retrouver la vérité.

   Mais quelle vérité ? Celle des femmes de l’île qui appartiennent à une civilisation agraire où la nourriture  est vitale et pour lesquelles gaver les enfants est la meilleure garantie contre le malheur ?  Des amis anglais, cultivés, doués de bon sens et si facilement indemnes ? Du médecin, qui traite  et nomme la maladie, la plaçant dans un tableau clinique, avec des  termes exacts mais aussi curieusement moralisateurs ? Du regard social  et politique sur ces jeunes filles issues de la bourgeoisie, pour lequel l’anorexie  mentale est une maladie de riches, une maladie de la civilisation occidentale ? De Judith  et  sa passion pour la littérature, entre fuite délirante et confrontation  au réel ? De ces hommes à la quarantaine bien avancée qui tournent autour d’elle sans  réussir à la distraire de ses travaux ? De cette jeune fille enfin, dépourvue de nom, qui curieusement parle, argumente et défend son point de vue, celui d’une révolte  dont l’extrémité mais aussi la drôlerie, fascinent ses proches, jusqu’à la paralysie ? De l’île silencieuse, vouée à l’engloutissement ? Ou de la poésie comme  ce qui reste, durci et rétif, quand sont passés les conseils, les diagnostics, les commentaires mais que   le désir du retour à Karp, lui, ne passe pas ?

 

 Isabelle Auricoste

 

111 pages - 15 euros

EAN 9 782912 824738